Vous êtes ici

La douleur est définie par l’International Association for the Study of Pain comme une « expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire existante ou potentielle, ou décrite en termes évoquant une telle lésion ». Elle est qualifiée de chronique dès lors qu’elle dure au-delà de ce qui habituel pour la cause initiale présumée (notamment si la douleur évolue depuis plus de 3 mois), que sa réponse au traitement est insuffisante et qu’elle induit un retentissement émotionnel et une détérioration significative et progressive des capacités fonctionnelles et relationnelles. Ces attributs illustrent que la douleur chronique doit être appréhendée en considérant non seulement les difficultés thérapeutiques qu’elle induit mais aussi l’altération de la qualité de vie qu’elle provoque chez le patient qui en souffre.

A ce titre, la douleur chronique est intrinsèquement associée à une dimension « rebelle » au traitement. Ce qualificatif n’a cependant pas été retenu dans la recommandation de bonnes pratiques professionnelles « identification de la douleur chronique et critères cliniques d’orientation des patients vers des structures spécialisées » de la Haute Autorité de Santé et la dernière circulaire de la Direction Générale de l’Offre de Soins ne l’évoque plus dans le cadre de la nouvelle définition administrative relative à l’identification des structures spécialisées de lutte contre la douleur chronique. En effet, ce terme peut être source de confusion notamment s’il n’est perçu que dans sa dimension de « pharmaco-résistance ». Nous ne disposons actuellement d’aucune définition de la « pharmaco-résistance » d’une douleur chronique unanimement reconnue. Par ailleurs, même si elle est importante, la « pharmaco-résistance » ne saurait résumer le caractère « rebelle » d’une douleur chronique.

Considérant le modèle de référence bio-psycho-social, une évaluation pluri-professionnelle voire pluridisciplinaire (souvent répétée) est indispensable afin d’identifier les facteurs somatiques, psychologiques et sociaux supportant le caractère « rebelle » de la douleur chronique. Une telle évaluation est d’autant plus importante qu’est envisagée une neuromodulation chirurgicale qui, en dépit des grands progrès techniques dont elle bénéficie, reste une approche thérapeutique invasive et qui, face aux difficultés d’équilibre des dépenses de santé, pose le problème de son coût. Seule cette évaluation complète permet donc d’intégrer la neuromodulation neurochirurgicale dans le cadre d’une stratégie thérapeutique qui doit toujours être supportée par l’aphorisme anglo-saxon « the right treatment for the right patient », la qualité de l’indication étant le principal garant de la qualité du résultat antalgique de ces techniques.