Vous êtes ici

Évitons collectivement le drame américain des morphiniques

Congrès de la SFCR 2018

Le Dr Berthelot a présenté des chiffres nord-américains accablants, attribuant 25 000 décès par an aux morphiniques qui ont été prescrits en excès aux États-Unis. Il y a donc, aux États-Unis, plus de décès liés aux morphiniques que de morts suites à des accidents de la voie publique. La moitié des Américains ont reçu une prescription de morphiniques mais seulement 30 % des patients ont été améliorés et seulement de 30 % !

Alors que les prescriptions de morphiniques ont quadruplé entre 1999 et 2013, le Dr Berthelot démontre, au final, l’effet très mauvais de ces traitements sur la douleur. Alors que l’oxycodone est aussi addictive que l’héroïne, sa prescription repose essentiellement sur de fausses idées… La morphine IV n’est pas plus efficace que le paracétamol IV dans le traitement des douleurs aiguës de l’appareil locomoteur [1]. Les résultats sont encore moins bons dans le traitement des douleurs chroniques [2]. En plus de cet effet peu différent du placebo, les morphiniques provoquent dépendance majeure et parfois hyperalgésie induite (et donc majorent les douleurs).

Au final, pour éviter que le drame nord-américain ne se transforme en drame européen, il faut donc d’abord reconnaître collectivement l’absence de supériorité démontrée des morphiniques qui peuvent, au contraire, majorer les douleurs et créer une addiction majeure. Évitons donc, tous ensemble, ces prescriptions au maximum en respectant les recommandations (pas plus de 100 mg, pas plus de 100 jours).

[1] Eken C et al. Intravenous paracétamol versus dexketoprofen versus morphine in acute mechanical low back pain in the emergency department : a randomised double-blind controlled trial. Emerg Med J 2014;31:177-81.

[2] Berthelot JM et al. Strong opioids for noncancer pain due to musculoskeletal diseases: Not more effective than acetaminophen or NSAIDs. Joint Bone Spine 2015;82:397-401.


Brève rédigée par le Pr Kévin Buffenoir (neurochirurgie, CHU de Nantes)
D’après la communication du Dr Berthelot (rhumatologie, CHU de Nantes) « Morphinique : comment éviter le drame nord-américain »