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Ci-dessous la liste des thématiques abordées dans les différentes revues de presse. Cliquez sur une thématique pour accéder à la liste des analyses.

  • La modulation de l’activité corticale par la stimulation médullaire dans la douleur neuropathique

    Référence :

    Weigel R, Capelle HH, Flor H, Krauss JK. Event-Related Cortical Processing in Neuropathic Pain under Long-Term Spinal Cord Stimulation. Pain physician. 2015;18(2):185-194.

    Introduction :

    Plusieurs mécanismes ont été avancés afin d’expliquer l'effet bénéfique de la stimulation de la moelle épinière (SME) chez les patients souffrant de douleur neuropathique (DN), mais l’on sait peu de choses des mécanismes supraspinaux susceptible d’y contribuer. Cette étude, par enregistrement des potentiels corticaux, a été menée chez des patients souffrant de douleurs neuropathiques dont la SME a permis une diminution des DN.

    Méthode :

    Il s’agit d’une étude observationnelle mené auprès de neuf patients souffrants de DN d’un membre inférieur pour qui la SME s’est avérée efficace. L'activité corticale a été analysée par électroencéphalogramme (EEG) lors de stimulation douloureuse ou non-douloureuse. Chaque patient a été évalué alors que la SME fonctionnait ou 24h après son arrêt. Les aires corticales impliquées ont été localisées en utilisant une méthode basée sur un modèle de dipôle fixe.

    Résultats :

    Il a été observé que le seuil des potentiels, en fonction de la détection et de l’intensité, lors d’une stimulation non douloureuse ne différait pas significativement d’un hémisphère à l’autre. En revanche, lors d’une stimulation douloureuse, le seuil de ces potentiels était plus bas du côté de la douleur neuropathique (p = 0,03). Les seuils de douleur étaient significativement plus faibles de manière bilatérale (p = 0,03 côté sain, p = 0,003 côté des DN) chez cinq patients après l’arrêt de cette SME. Sous l'effet de la SME les négativités corticales (N1, N2, N3) et la positivité (P1) possédaient des amplitudes comparables de façon bilatérale. Après arrêt de la SME la diminution de seuil pour une stimulation périphérique se traduisait par un abaissement des négativités de façon bilatérale tandis que la positivité, P1, était réduite surtout du côté exempt de DN.

    N2 a pu être localisée au niveau de la représentation sensorielle de la jambe sur l'homonculus.

    P1 a été localisée au niveau du cortex cingulaire (CC) et avait tendance à se déplacer en avant sous l’influence de la SME.

    Discussion et conclusion :

    À long terme la SME semble influencer le seuil douloureux au niveau cortical. La localisation P1 suggère la participation des régions impliquées dans le traitement émotionnel, cognitif et associatif de la douleur.

    Commentaire :

    Malgré son faible effectif, qui nous amène à l’interpréter avec précaution, cette étude aboutit à des conclusions déjà connues, mais obtenues de façons différentes. En 1974, J. Krainick1 avait déjà montré que la SME abaissait le seuil douloureux du côté de la DN. Cette étude, qui nous montre que le seuil douloureux est abaissé de façon bilatérale, plaide effectivement en faveur d’un contrôle supra-spinal de la douleur par la SME. Concernant la topographie de ce contrôle supra-spinal, cortex cingulaire, les conclusions de cette équipe allemande corroborent celles obtenues, avec une meilleure résolution spatiale, par l’imagerie fonctionnelle2-6. L’intérêt de cet article réside donc l’approche originale qu’est le recourt à l’EEG dans ce type d’exploration.

    rédigée par Marc Lévêque
     


    Références :

    1.         Krainick JU, Thoden U. Experience with dorsal column stimulation (DCS) in the operative treatment of chronic intractable pain. J Neurosurg Sci. 1974;18(3):187-189.

    2.         Kishima H, Saitoh Y, Oshino S, et al. Modulation of neuronal activity after spinal cord stimulation for neuropathic pain; H(2)15O PET study. Neuroimage. 2010;49(3):2564-2569.

    3.         Moens M, Sunaert S, Marien P, et al. Spinal cord stimulation modulates cerebral function: an fMRI study. Neuroradiology. 2012;54(12):1399-1407.

    4.         Stancak A, Kozak J, Vrba I, et al. Functional magnetic resonance imaging of cerebral activation during spinal cord stimulation in failed back surgery syndrome patients. European journal of pain. 2008;12(2):137-148.

    5.         Rasche D, Siebert S, Stippich C, et al. [Spinal cord stimulation in Failed-Back-Surgery-Syndrome. Preliminary study for the evaluation of therapy by functional magnetic resonance imaging (fMRI)]. Schmerz. 2005;19(6):497-500, 502-495.

    6.         Kiriakopoulos ET, Tasker RR, Nicosia S, Wood ML, Mikulis DJ. Functional magnetic resonance imaging: a potential tool for the evaluation of spinal cord stimulation: technical case report. Neurosurgery. 1997;41(2):501-504.

    Catégorie:
  • La stimulation de la moelle épinière atténue la sommation temporelle chez les patients atteints de douleur neuropathique

    Référence

    Eisenberg E, Burstein Y, Suzan E, Treister R, Aviram J. Spinal cord stimulation attenuates temporal summation in patients with neuropathic pain. Pain. 2015 ; 156 (3) : 381-385.

    Introduction

    Il a été démontré que la stimulation électrique des cordons postérieurs atténue les phénomènes de "wind-up" [1] au niveau des neurones de la corne dorsale des rats dont les racines nerveuses ont été lésées. L’objectif de cette étude était de tester l'effet de la stimulation de la moelle épinière (SME) sur la sommation temporelle (ST) — le corrélat clinique de ce phénomène électrophysiologique de "wind-up" — chez les patients souffrant de douleurs radiculaire du membre inférieur.

    [1] Le « wind-up » correspond au recrutement à haute fréquence des fibres C qui produit une augmentation du nombre de potentiels d’actions des fibres de la moelle. Le « wind-up » est un phénomène passager de relativement courte durée, mais le recrutement répété des fibres C peut aussi conduire à une sensibilisation spinale dont la durée pourra s’étendre sur plusieurs heures ou même plusieurs jours


    Méthode

    Dix-huit patients avec SME ont été testés trente minutes après l'activation de la SME ("ON") puis deux heures après l’inactivation ("OFF"), cela dans un ordre aléatoire. La ST a été évaluée dans le site le plus douloureux du membre inférieur touché ainsi que dans la région anatomique correspondante du membre controlatérale grâce à l’application d'un stimulus thermoalgésique (46,5°C - 120 secondes). Les patients devaient signaler l’intensité de cette douleur sur une échelle numérique (0-100) lors des phases "ON" et "OFF". Le test de Wilcoxon a été utilisé pour comparer ces phases "ON" et "OFF".


    Résultats

    La SME diminue significativement l’intensité douloureuse (de 66 ±18 à 27 ±31, P< 0,001). Dans le membre indemne, la SME n’a pas d’effet sur la ST (24 ±20 durant la phase "OFF" contre 21 ±24 lors de la phase "ON", P=0,277) en revanche, une diminution significative de la ST a été observée dans le membre lésé après SME (32 ±33 à 19 ±24, P =0,017).


    Discussion et conclusion

    Ces résultats suggèrent que l'atténuation de la ST — ce qui correspond à une atténuation de l'hyperexcitabilité des neurones de la moelle épinière — est un mécanisme possible de l’efficacité de la SME chez les patients souffrant de douleurs neuropathiques.

    Commentaire

    Outre son faible effectif, on pourra également reprocher à ce travail — il en est souvent question lorsqu’il s’agit de SME — l’absence d’évaluation à l’aveugle du fait des paresthésies provoquées par la stimulation. Une faiblesse méthodologique à laquelle la stimulation haute fréquence devrait pallier. Ce travail israélien portant sur la SME et la modulation endogène de la douleur devrait nous permettre — comme le soulignait l’éditorial de Pain[2] — d’établir de meilleurs critères de sélection des patients.

    [2] Voir l’une de nos précédentes revue de presse : http://infodouleurneuromodulation.com/revue-de-presse/stimulation-de-la-moelle-épinière-la-nécessité-d’en-préciser-les-mécanismes

    rédigée par Marc Lévêque

    Catégorie:
  • La stimulation de la moelle épinière module la fonction cérébrale : une étude en IRMf

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    Référence

    Moens M, Sunaert S, Mariën P, Brouns R, De Smedt A, Droogmans S, Van Schuerbeek P, Peeters R, Poelaert J, Nuttin B. Spinal cord stimulation modulates cerebral function: an fMRI study. Neuroradiology. 2012 Sep 2.

    Adresse

    Department of Neurosurgery, UZ Leuven, Katholieke Universiteit Leuven, Herestraat 49, 3000 Leuven, Belgique

    Introduction

    Bien que la stimulation de la moelle épinière (SME) soit  aujourd’hui largement utilisée dans le traitement de la douleur neuropathique chronique on en sait encore peu sur les mécanismes physiologiques sous-jacents à cette efficacité. Cette étude vise à étudier les mécanismes cérébraux intervenant dans les trente secondes suivant la stimulation au moyen de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle chez 20 patients traités pour Failed Back Surgery Syndrom (FBSS).

    Méthodes

    Vingt patients atteints de FBSS, traités par SME externalisée, ont été étudiés par IRMf avec des phases de stimulation et de repos de 30 s chacune répétées huit fois de suite. Pendant le cet examen les patients ont évalué l’intensité de la douleur au cours du temps en utilisant une échelle numérique par boutons poussoirs (main gauche, moindre douleur, main droite, plus de douleur).

    Résultats

    Une désactivation bilatérale du thalamus dorso-médial a été enregistrée ainsi que de ses connexions avec le cortex cingulaire antérieur et caudale et l'insula. Une corrélation inverse a pu être établie entre un bon soulagement de la douleur et des changements fonctionnels dans le tronc cérébral, le cortex cingulaire antérieur,  le cervelet et le cortex préfrontal dorsolatéral bilatéral.

    Conclusion

    Ces résultats indiquent le rôle clé joué par thalamus dorso-médial en tant que médiateur ainsi que  l'implication d'un réseau cortico-cérébelleux impliquant la modulation et la régulation de l'affect hostile et négatif lié à la douleur. Selon les auteurs, la désactivation du thalamus dorso-médial pourrait être utilisée comme un test prédictif à l’efficacité de la SME

    Commentaire

    Cette étude montre, une fois encore, combien il est difficile d’interpréter l’activité du cortex cingulaire antérieur dans le traitement de la douleur et de l’analgésie. Cette activité corticale augmente lors d’une stimulation douloureuse 1 tandis la stimulation électrique de ce cortex provoque des sensations douloureuses ou des comportements d’aversion de la douleur 2,3. Curieusement, les traitements opioïdes, les blocs anesthésiques ou la stimulation du cortex moteur entraînent une activité accrue de ce cortex 4-6. Dans cette étude belge, avec la SME, nous observons le contraire. Si ces résultats restent d’interprétation difficile, et cela d’autant plus qu’il n’existait pas de groupe témoins dans ce travail, ils viennent confirmer les effets cérébraux de la stimulation médullaire.

    1. Peyron R, Laurent B, Garcia-Larrea L. Functional imaging of brain responses to pain. A review and meta-analysis. Neurophysiol Clin 2000;30:263-288.

    2. Baliki MN, Chialvo DR, Geha PY, et al. Chronic pain and the emotional brain: specific brain activity associated with spontaneous fluctuations of intensity of chronic back pain. J Neurosci 2006;26:12165-12173.

    3. Tang J, Ko S, Ding HK, Qiu CS, Calejesan AA, Zhuo M. Pavlovian fear memory induced by activation in the anterior cingulate cortex. Molecular pain 2005;1:6.

    4. Duncan GH, Kupers RC, Marchand S, Villemure JG, Gybels JM, Bushnell MC. Stimulation of human thalamus for pain relief: possible modulatory circuits revealed by positron emission tomography. J Neurophysiol 1998;80:3326-3330.

    5. Firestone LL, Gyulai F, Mintun M, Adler LJ, Urso K, Winter PM. Human brain activity response to fentanyl imaged by positron emission tomography. Anesth Analg 1996;82:1247-1251.

    6. Garcia-Larrea L, Peyron R, Mertens P, et al. Electrical stimulation of motor cortex for pain control: a combined PET-scan and electrophysiological study. Pain 1999;83:259-273.

    rédigée par Marc Lévêque

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